La forêt de Bialowieza
14 juin 2018
La forêt de Bialowieza

Un des rares passages que je me suis imposé est la forêt de Bialowieza, située à cheval entre la Pologne et la Biélorussie.

Des informations contradictoires ont été relayées par nos médias depuis deux ans, quand le ministre polonais de l’environnement de l’époque décida d’augmenter le quota d’arbres à abattre dans cette zone considérée comme la dernière forêt primaire d’Europe. Raison de cette intervention : les ravages toujours plus importants sur la population d’épicéa. Une hérésie selon les écologistes pour qui on doit laisser faire la nature. Rien de mieux que de se rendre sur place pour se forger sa propre opinion.

 

En bref - La forêt de Bialowieza

Formée il y dix mille ans lors de la dernière période glaciaire, elle occupe un territoire de 3'086 km2, répartis sur la Biélorussie pour 70% et sur la Pologne pour 30%. Les chiffres diffèrent selon le type de forêt et de protection.

C’est un des plus anciens parcs naturels, créé en 1921 déjà, dont une partie est inscrite à l’UNESCO.

La partie biélorusse profite d’une gestion semble-t-il plus claire, avec 3 zones bien définies, transition, tampon et cœur (inaccessible). Celle de la Pologne, plus petite, est très morcelée en différents types de protection, sans logique. Ce fractionnement ajoute de la confusion dans les débats.

En parcourant le parc polonais, on est également surpris par le peu de surface vraiment laissé à la nature. On trouve des routes d’accès partout, des petits bourgs, des parcours de marche,… Seule une zone restreinte est interdite.

Cette forêt fut pendant longtemps propriété impériale et relativement épargnée. Ce sont les Allemands qui lancèrent l’exploitation durant la Première Guerre mondiale, en introduisant l’épicéa et en construisant des lignes de chemin de fer.

La faune est très riche et elle se distingue pour abriter les seuls bisons d’Europe (réintroduits au XIXème) et les chevaux sauvages koniks.

 

En mars 2006, l’état décide de multiplier par trois l’abattage d’épicéas pour combattre le bostryche typographe. Un groupe de citoyens et des organisations environnementales soumettent le cas à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Première décision en novembre 2017, l’Etat doit cesser immédiatement de couper sous peine d’amende de 100’000€/jour. Confirmation en avril 2018 de la CJUE : « l’abattage conduit en effet à la disparition d’une partie de ce site ».

 

Vingt kilomètres avant le site, alors que je prends une pause en bord de route, une Lada Niva s’arrête et son conducteur s’empresse de me demander, en allemand, comment marche mon vélo. Après une courte explication, sentant qu’il a affaire à un drôle d’énergumène, il embraye rapidement sur les éco-terroristes qui bloquent la coupe des arbres. Il faut les enfermer et laisser faire les autorités pour gérer la forêt et donner du travail aux professionnels.

Un peu plus tard, à Teremiski, un hameau au-milieu de la forêt, je retrouve deux militants écologistes pour connaître leur point de vue. Trois organisations sont particulièrement actives sur le sujet : Camp For The Forest (mouvement spontané de citoyens), Greenpeace et Wild Poland. Leur but est de protéger à 100% la zone polonaise. Ils organisent des séances d’échange avec les locaux, actifs dans l’exploitation forestière, proches du gouvernement et de son service des forêts. Le dialogue est quasiment impossible, tant les deux camps restent figés sur leurs positions.

Pour les premiers, le changement climatique est la raison du dépérissement des épicéas, qui plus est une essence non native. Le bostryche typographe trouve donc toutes les conditions pour se développer. Selon eux, il faut laisser faire la nature, qui les remplacera par une essence plus adaptée. Les seconds voient le salut par l’intervention humaine en coupant les arbres malades et en les évacuant. Deux visions différentes pour sauver la forêt.

Ce qui est étonnant, c’est que tout le bois abattu avant la décision européenne est toujours au sol, non-écorcé et souvent de bonne qualité. Personne n’a l’air de se soucier de ces 200'000 m3 alors qu’ils favorisent la propagation du bostryche.

Autre paradoxe, les organisations de défense veulent favoriser l’éco-tourisme. Ce qui va forcément augmenter le nombre de visiteurs, donc les impactes directs et indirects. Ils viendront avec leurs voitures rachetées en à l’Ouest, qui ne passaient plus nos normes anti-pollution. Les mêmes qui étaient parquées chez les militants écologistes.

Dans le débat, on évoque peu la partie biélorusse alors que c’est le plus gros potentiel de protection, sur un bien plus vaste territoire. Et là, ni les ONG, ni la Cour Européenne ont une influence.

Je n’ai pas du tout les connaissances pour donner la solution. D’ailleurs qui les possède réellement ? Dans un esprit tout helvétique je recommanderais de récolter et vendre le bois à terre et de financer la reconversion des quelques personnes toujours actives dans l’exploitation. Il faut défendre et sauver ce territoire, c’est une noble cause, encore faut-il adopter une certaine cohérence. En rêve, on pourrait imaginer un Zermatt polonais, sans voiture, avec un accès par les voies de chemin de fer réaménagées, des vélos (non-électriques)…

Ici vous trouverez comment vit Rose, la jeune retraitée, et une anecdote militaire en Lituanie.

 

"Can't see the forest for the trees" La rivière qui alimente la forêt