Pskov - St-Pétersbourg - Suoperya
18 juillet 2018
Pskov - St-Pétersbourg - Suoperya

Reprendre la route après deux semaines de pause à Pskov n’est pas si difficile. Mes mollets réclament de l’exercice et mon ventre aussi. Il est temps de dépenser toute l’énergie accumulée sous forme de repas et d’alcool.

Via les nouvelles relations locales, Oleg m’attend dans sa datcha au sud de Saint-Pétersbourg. Je passe une nuit dans un complexe autrefois réservé aux cadres de l’Armée Rouge. C’est un gigantesque échiquier composé de 2'000 terrains d’environ 1’500m2 chacun. Mes amis Russes se moquent de la taille ridicule de nos jardins familiaux, le concept est ici le même, à leur échelle. De nombreux officiers à la retraite y habitent encore. Nous avons eu un excellent déjeuner chez un ancien cadre tatar, avec du miel de là-bas, des biscuits de là-bas. La logistique militaire fonctionne toujours.

A St-Pétersbourg (rentrée par l’autoroute..), Oleg me prête son appartement au sommet de l’un de ces nombreux immeubles des immenses artères de la périphérie. J’en profite pour prendre le métro et admirer les fameuses stations. Chacune d’elle est une œuvre de l’art soviétique. L’hymne aux travailleurs côtoie le culte à Lénine. Le deuxième jour, je ne peux m’empêcher d’utiliser le vélo électrique pour aller jouer avec les voitures. Faut avouer que j’ai dois utiliser tous mes muscles pour tenir le rythme des engins mécaniques. Comme ils sont malgré tout peu nombreux, qu’ils disposent de 2 à 3 pistes sur les avenues et que la vitesse n’est pas contrôlée, ils avancent les bougres, bien plus vite que dans nos villes.

Metro à St-Petersbourg

 

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On sent que c’est le Mundial dans le pays, beaucoup de locaux s’y sont mis et de nombreux étrangers arpentent les rues dans le maillot de leur équipe. La Russie joue son match contre l’Egypte dans le nouveau stade. Impossible évidemment d’obtenir un billet le jour même et aller dans la « fan zone » ne m’attire pas du tout. Je me contente d’observer les nombreux fans, des scènes heureusement toujours bon enfant.

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Je quitte finalement la métropole pour prendre la route du Nord. On longe assez vite le lac Ladoga, le plus grand d’Europe par sa superficie (17’700km2 ; Lac Léman : 581km2). La Russie vient d’ailleurs de créer un nouveau parc naturel dans cette région, les Ladoga Skerries, qui s’étendent sur 1’220 km2. Là-aussi aux dimensions du pays, avec une décision relativement rapide du gouvernement, sous la pression d’organisations environnementales. Au sujet des zones protégées, nous devons toujours rester prudents, une récente étude (Science, mai 18) relève que 70% sont sous pression humaine, dont 33% sous forte pression. On ne parle pas de la Russie, mais du Bénelux, de l’Allemagne, du Sud de l’Angleterre. La presse helvétique a également relayé la grande perte de biodiversité dans notre pays ces dernières décennies.

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Retour sur la route menant à Mourmansk. Il n’y en a qu’une, la E105, ce qui simplifie la navigation mais force la cohabitation avec les voitures et les camions. Faut avouer que c’est sportif et cela réclame une attention permanente car beaucoup de conducteurs m’ignorent superbement. C’est à dire qu’ils ne se déportent pas en dépassant. On apprend vite à anticiper et se mettre sur le bas-côté. A la fin de la journée, on est crevé … et noir de poussière. Entre les vieux moteurs et les particules de la route ça crache. C’est mon petit bonus, je n’émets rien en me déplaçant, mais étant plus exposé et en demande constante d’oxygène, je ramasse plus. Ça n’enlève rien à la beauté des paysages traversés et à l’accueil des gens.

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Côté forêt, je suis servi, des arbres à droite, des arbres à gauche et de temps à autre une ouverture sur un lac, un cours d’eau. Fait remarquable, tout au long de la journée, trafic ou non, on entend le chant des oiseaux. De simples sensations qu’on ignore en voyageant rapidement.

Je campe lorsque les endroits sont exceptionnels, le reste du temps on trouve toujours une petite auberge ou une famille qui propose une chambre. Il faut soutenir l’économie locale, surtout quand il pleut. De plus, deux campements m’ont méchamment fâché avec les moustiques. Ils sont voraces et nombreux avec la courte saison à disposition. On trouve également beaucoup de « super-taons », même à 50 km/h ils suivent, sans piquer toutefois. On les voit dans notre ombre, plusieurs kilomètres durant. Certainement mes anges gardiens, qui ont d’ailleurs eu fort à faire.

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Je me rends à Kem au bord de la Mer Blanche, un autre but de ce voyage. C’est également l’occasion de contrôler le panneau solaire qui ne fournit pas toujours l’énergie voulue. Je trouve un hôtel qui organise aussi la traversée sur les îles Solovki, riches en histoire. Une employée locale de l’immigration ne l’entend pas de cette oreille, à peine informée de mon arrivée par le registre des nuitées, elle demande l’annulation car mon visa se termine le même jour. Certes, mais une extension de trois jours est possible, en payant à la banque via un formulaire officiel. Elle ne veut rien savoir, je dois être en dehors du territoire russe avant minuit, soit 350km de route et de pistes, et je dois louer un véhicule avec chauffeur pour m’y emmener. Il est exclu que je mette mon vélo dans un véhicule à moteur. Des locaux m’aident, viennent avec moi à la banque pour tenter d’avaliser la procédure (le pays Suisse n’existe pas dans leur système, le Mozambique oui), les employées font de leur mieux. Mon amie du ministère, que je ne verrai jamais, apprend que je suis dans l’établissement et ordonne un départ immédiat sinon c’est elle qui m’emmène en prison. Je quitte la ville en fin de journée, sous la pluie mais sur mon vélo. Après environ 150km je m’arrête dans un petit hôtel pour une courte nuit de repos.

Au déjeuner trois fonctionnaires débarquent dans la salle et viennent à ma table. Demande de papiers, visa, extension, tout est en ordre pour eux. Quand je sors avec mes sacoches pour partir, ils m’attendent dans leur Lada, je dois les suivre pour une simple procédure. Je contacte immédiatement le consulat suisse que j’ai déjà averti la veille. On se retrouve au poste de police local et la responsable ne reconnaît pas l’extension du visa. Ce sera le seul moment où je me verrai dans la prison promise la veille, coincé dans un imbroglio administratif. De nombreux téléphones suivent, messages, fiches à remplir, mon amie de la veille est évidemment dans le coup, la chancelière du consulat suisse également, la matinée y passe. Finalement on me relâche avec des excuses. Durant les échanges, j’ai compris que durant la Coupe du monde de football ils sont sur leur garde car ils ne veulent pas d’immigration illégale (même si les cas de Suisses demandant l’asile à la Russie sont relativement rares). De plus, mon ressenti est un héritage des procédures administratives du régime précédent, tout le monde se protège par toutes sortes de formulaires.

Je n’ai pas visité les îles Solovki et leur goulag qui servira de modèle pour de tristes raisons, j’ai vécu une expérience plus vivante du pays. On m’a accordé les trois jours supplémentaires et on m’a même réservé un hôtel avant la frontière… pour être sûr que je la passe.

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